Blog de Madame Monnet - Collège Jeanne d'Arc de Pont de Beauvoisin - 38480 -
> > La bande dessinée

La bande dessinée

Vous avez-dit "bande dessinée"?

La bande dessinée ne suscite plus les polémiques d'antan ... on ne l'accuse plus d'illétrisme et c'est justice.

La bande dessinée est un art du récit s'emparant de l'image.

C'est une forme picturale de narration. L'image n'a plus pour fonction d'illustrer un récit, elle est portée par le scénario, elle intègre le dialogue. La place des divers cases ou vignettes répond à une exigence de composition d'ensemble, tout comme s'il s'agissait d'un tableau, mais l'équilibre des masses et les ruptures de rythme doivent avant tout servir la narration.

La B.D. est essentiellement constitueé de cadres dessinés sur une page ou planche que le cerveau saisit successivement et simultanément. Il existe entre les vignettes d'un album une relation à la fois de continuité et de discontinuité. Elles s'insèrent dans un même récit, dans une même page mais chacune est différente de l'autre à différents degrés. Il y a tout d'abord des suites cohérentes à l'intérieur d'une même scène qui évoquent le découpage d'une scène de cinéma: champ, contre-champ, gros plan, plan américain, plan d'ensemble, etc. C'est à dire une même scène vue sous un tas d'angles différents. Le catalogue très étendu des onomatopées qui ponctue les sauts du regard.

Bien qu'elle s'apparente à bien des égards au cinéma, la B.D. relève du domaine et des techniques de l'impression (reproduction, colorisation, etc. ).

La B.D. est contemporaine d'une nouvelle donne géométrique: la topologie moderne. La topologie s'occupe des relations de voisinage entre ensembles (voisinage d'une image à l'autre, du contour de la bulle avec l'image qui la contient, d'une page avec l'autre, ...). Chacun tire sa force ou sa vitalité de la présence des autres.

l'image photographique et son statut particulier (cadre recadrable que l'on peut mettre en page, découper, multiplier, ... ) a sans doute fait évoluer la B.D. mais la vignette de B.D. n'est pas une image que l'on recadre mais un cadre que l'on remplit.

A la différence des autres arts graphiques, la B.D. s'articule autour d'un scénario. Il est important d'éviter que les gonflements réciproques entre images et textes ne dégénèrent en chaos et ne s'entredétruisent. Derrière l'apprente liberté de l'exécution, la souplesse d'un style, se cache un vrai travail de conception. En effet l'attention du lecteur doit être soutenue par le rythme de l'image, par un découpage précis de 'histoire, sans que soit négligée l'harmonie graphique de la mise en page.

Un peu d'histoire:

Le véritable précurseur de la forme B.D est sans doute le suisse Rodolph TÖPFFER (1799-1846), un maître de pensionnat qui dans les années 1820 composait pour ses élèves des historiettes en feuilleton, constituées de rangées d'images de tailles différentes.

"Les dessins sans les textes ne signifieraient rien. Le tout ensemble forme une sorte de roman, d'autant plus original qu'il ne ressemble pas plus à un roman qu'à autre chose" écrivaitTöpffer, l'auteur des "Voyages en ZigZag" publié en 1832 et "Monsieur Vieux Bois" édité en 1837.

L'autre ancêtre de la B.D. est l'allemand Wilhelm Busch (1832-1908). C'est d'abord un illustrateur. Il invente de petits poèmes satiriques souvent féroces, d'une jovialité parfois lourde, où le texte et l'image suggèrent là aussi un nouveau langage. "Max und Moritz" 1865 met en scène deux garnements que leurs farces douteuses mèneront à une fin lamentable.

Quelques grands noms de la B.D.

En France:

- CHRISTOPHE (pseudonyme de Georges Colomb) botaniste et prof à la Sorbonne. Il use d'un réalisme stylisé qui fera la fortune de la future école belge, avec un art du cadrage et des rythmes souvent proches du cinéma naissant. Mais Christophe dispose le texte sous l'image. Il publie "La famille Fenouillard" en 1889, "Le sapeur Camembert ", en 1890, "Le savant Cosinus" en 1893 et "Les Pieds Nicklés" en 1908.

- Louis FORTON créé "Ribouldingue" , "Philochard et Croquignol" (journal "l'Epatant" en 1908). "Bibi Fricotin" en 1924.

Aux Etats-Unis:

- OUTCAULT travaille pour le magnat de la presse Joseph Pulitzer, propriétaire de New York World et lance en 1896 sa propre B.D. : "Yellow kid".

- Rudolph DIRKS travaille pour le New York journal. Dévastateurs, les héros de Dirks, "Hans et Fritz" mattent en pièces le monde des adultes, malgré les ouragans de fessées que leur inflige "Der Captain", aincien matelot, devenu leur père adoptif. Situé quelque part du côté de "l'Afrique orientale allemande", le monde des "Katzies" joue volontairement du style gribouiille, inventant un sabir anglo-allemand qui devient un langage-image, la création verbale ne se séparant pas de constantes trouvailles graphiques. (Katzenjammer kids - les katzies).

Experts en forts tirages, manchettes spectaculaires, titres à sensation et grandes illustrations, les deux géants se disputaient le marché des suppléments dominicaux particulièrement profitables. Il leur fallait des séries à suites, imposant donc à la bande dessinée la logique des feuilletons, avec des rebondissements inévitables amorcés dans la dernière case de chaque page. D'abord hebdomadaires, argument de vente pour le supplément du dimanche, les séries devinrent bientôt quotidiennes dès 1907 avec la mise au point du "strip" simple bande de quelques cases, rapides et corrosives.

- Winsor Mc CAY créateur en 1905 de "Little Némo in Slumberland". Jouant sur le rêve et la réalité, sur la virtuosité des perspectives et des fantaisies graphiques, little Nemo, outre la qualité de son imaginaire, exploite au mieux, les qualités de la page conçue comme un tout, à la fois succession d'images, progression d'un récit et coup d'oeil général, avec des mises en abyme jamais stériles ou gratuites.

- Pat SULLIVAN, "Félix the cat" 1921 -> "Félix le chat" de Otto MESMER en 1929.

- Elzie CRISLER SEGAR , "Popeye le marin" en 1929.

- Harold FOSTER, "Tarzan" 1929. Tarzan est mis en images d'après les romans d' Edgar Rice Burrough. C'est une révolution. L'aventure, les nuances romanesques, les vastes décors et l'atmosphère de super production apportent cette part de rêve, de grandeur, de délire et de rigueur technique qui manquait au genre. Et puis, par le biais des méchantes reines, ou des héroïnes pantelantes devant le surhomme musclé, se diffuse un érotisme, jusqu'alors assez discret. L'adaptation de Tarzan sera prorsuivie à partir de 1936 par le grand Burn HOGARTH.

1929 est aussi l'année du premier film parlant. En 1930, la petite souris Mickey, sort du dessin animé où elle a grandi, pour s'éclater dans la B.D. de papier. "Betty Boop" sera censurée sous prétexte d'obscénité.

- Chester GOULD : "Dick Tracy" 1931. Un flic, sans peur et sans reproche, éperduement amoureux d'une fiancée inaccessible. Il affronte les pires magnats de la pègre et les driminels les plus épouvantables. Il dispose toutefois d'un arsenal technique époustouflant . Aux Etats-Unis, la logistique accompagne toujours la morale.

- Joé SHUSTER et Jerry SIEGEL, 1938 créent "Superman" . Superman fera de nombreux émules: Wonder woman, Captain América, Batman, Mandrake le magicien.

Les années 30-40 correspondent à l'âge d'or de la B.D américaine. Bien malin qui aurait alors discerné les signes d'une sclérose prochaine et d'un lent déclin.

En Europe:

- Alain ST OGAN (1895-1974) propose "Zig et Puce" le petit gros et le grand maigre, flanqués de leur pingouin Alfred et toujours lancés dans d'impossibles voyages vers le lointain. La B.D. est publiée dans "Le dimanche illustré".

- HERGE (Georges Rémi), 1907- 1983. Jusque là dessinateur d'un obscur personnage de journal scout Totor (1923), il le reprend et l'améliore sous le nom de "Tintin", pour le supplément jeunesse d'un quotidien Bruxellois: "Le vingtième siècle". Il publie en 1929 "Les aventures de Tintin au pays des soviets". En 1942, naît le noyau d'un futur studio Hergé, pépinière se scénaristes et de dessinateurs.

- Edgar P. JACOBS se lance dans un album de sciences-fiction. "Le rayon U" . Les personnages et les thèmes se déploieront dès 1946 au long des aventures de "Blake et Mortimer".

- Jacques MARTIN cnçoit "Alix".

Ensemble, ils forment l'école de Bruxelles.

Alors et depuis 40, les nazis contrôlent presque tout le continent: comme le cinéma, la B.D. américaine est interdite malgré l'attente du public. Les journaux européens n'ont alors d'autre choix que de travailler avec les dessinateurs dont ils disposent et auxquels ils commandent des plagiats. Les faux "Flash Gordon" et "Prince Vaillant" se multiplient. Des titres plus anciens se métamorphosent.

- André FRANQUIN reprend en 1946 l'histoire du petit groom "Spirou" et redonne du nerf au journal du même nom.

-René GOSCINY, Albert UDERZO et Jean-Michel CHARRIER créent en Octobre 1959 "Pilote". Les premières planches "d'Astérix le gaulois" consacrent et accélèrent le décollage de la B.D. européenne. Elle devient pour la première fois en europe un enjeu social, éditorial et créatif. Le trio "Tintin", "Spirou" et "Astérix" n'a pour l'instant jamais été égalé.

Parallèlement, il faut ajouter les publications de "La bonne presse" devenue "Bayard Presse" en 1969 et plus épisodiquement, celles de "Vaillant", devevu "Pif Gadget" la même année. D'autre part se révèlent des dizaines d'auteurs de première importance. Le plus immuable d'entre eux reste aujourd'hui encore:

- Maurice de Bevere dit MORRIS, le père de "Lucky Luke", 1946.


Les années 60 voient fleurir une floppée de héros pas naturels: Iron man, Dr Strange, Daredevil, Conan le barbare, ... mais aussi un type de B.D. d'un nouveau genre lié à la culture "underground" :les "comics" qui annoncent l'explosion de la B.D. adulte. En France, "Pilote", "Hara Kiri", "A suivre" ... avec toute sa variété de scénari et de graphismes.

Le parton de "Pilote", Uderzo, découvreur de:

- Gabu: "Le grand Duduche" , 1962.

- Jean GIRAUD: "Blueberry", 1963.

- GREG: "Achille Talon", 1963.

- FRED: "Philémon", 1970.

- GOTLIB: "Les dingodossiers", 1967

se trouve à la place du père quand la B.D. française, dans la mouvance de 68, vit sa crise d'adolescence.

Beaucoup de dessinateurs veulent renouer avec le registre adulte, les fresques, les aventures, l'érotisme, la politique ou la dérision. Portés par les mouvements de contestation, ils vivent la création de "Charlie" avec Reiser, Gabu, Gebe, Wolinski. Le temps des hebdomadaires pour la jeunesse est passé. A l'exception notable de "Fluide glacial", lancé par Gotlib en 1975, aucun des nombreus magazines qui fleurissent dans les années 70 ne prospère toutefois durablement.

En Amérique, en 1952, est sortie le 1er numéro de la revue satirique "Mad", jouant à fond dans le grotesque, l'absurde, le délirant, ce qui déclanchera en retour une contre-offensive moralisante avec l'institution d'un code de censure.

Dans les années 79-80, les albums conquièrent le marché. L'activité cesse d'être considérée comme marginale ou mineure. L'histoire de l'esthétique de la B.D. entre à la Sorbonne en 1971 et le 1er festival de la B.D. s'ouvre à Angoulême en 1974, devenant bientôt une institution.

Des artistes contemporains attirés par l'art graphique, s'intéressent à la jonction graphisme, bande-dessinée, photographie. On peut citer Roy Lichtenstein et Andy Warhol.


© 2015 - Collège Jeanne d'Arc